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Ce blog s'intéresse au discours et à la silenciation, l'exclusion d'objets langagiers du champ des possibles langagierss

Invasion jihadiste en Afrique noire: quel cadre d'analyse?

Publié le 26 Janvier 2013 par Mamadou Diakité

Depuis une trentaine d'années au moins (1983-2013), l'Afrique noire est confrontée à une invasion jihadiste (voir Wikipédia.org) :

  • Soudan: à partir de 1983, l'instauration de la charia dans le droit pénal et le racisme anti Noir font plus de 300 000 morts et plus de 2 à 3 millions de déplacés et réfugiés selon les sources. D'où, en 2009, le mandat d'arrêt de la Cours pénale internationale (CPI) contre le président Omar el-Béchir, accusé de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre commis à l'encontre des habitants du Darfour. San nier le chef d'accustion, l'Union africaine se solidarise avec el-Béchir. La présidente de la Comission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, déclare qu' il est plus important de faire la paix au Soudan que de se précipiter pour arrêter Omar el-Béchir ;

  • Nigéria: depuis 2002, Boko haram massacre systématiquement les chrétiens dans le cadre de son projet d'islamisations d'un pays où les non musulmans représentent plus de 49 % de la population;

  • Le Mali: depuis le janvier 2012, un ensemble hétéroclite de groupes jihadistes, dont notamment Al Qaeda au Maghreb islamique, envahissent le nord du Mali et commencent à y appliquer la charia à partir de juillet 2012 (Mali:chronologie crise, rfi).

Face à cette situation, l'attitude la mieux partagée chez les analystes, africains en particulier, y compris les institutions, la CEDEAO et l'Union africaine au premier chef, est le pilotage à vue dans le cadre d'une approche de type factuel: la géographie, les connexions entres certains groupes dans tel cas particulier, etc. Un cas significatif à ce propos est la "théorie du tampon" du politologue sénégalais Babacar Justin Ndiaye, à propos des risques encourus par le Sénégal à cause l'invasion islamiste du nord Mali. "Regardons la carte", dit-il dans une interview, en convoquant l'autorité du Professeur Yves Lacoste (seneweb.com 15/01/2013). " ! La Mauritanie et le Mali, poursuit-il, constituent deux immenses glacis qui nous protègent de cette terre de feu qu’est la bande saharo-sahélienne labourée simultanément par la belligérance du Polisario, l’irrédentisme touareg, le prosélytisme armé d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), etc.". Le politologue conclut: "Donc si l’Etat-tampon du Mali se désintègre, un large boulevard s’ouvrira de Kidal (nord Mali) à Kidira (ouest Sénégal)".

Donc, selon la théorie du tampon de l'approche factuelle, quand les islamistes instauraient la charia au Soudan (années 1980-90,), la Somalie était protégée par l'Éthiopie et Érythrée; le Nigeria, par la Centrafrique, le Cameroun et le Tchad; le Mali, par le Tchad et le Niger. Les faits montrent que les États-tampons n'ont pas protégé le Nigeria, la Somalie et le Mali de la déferlante islamiste.

Le résultat est ahurissant : génocide, esclavage, racisme, crime contre l'humanité et crime de guerre, actes de barbarie (amputation, exécution extrajudiciaire, etc.), famine, le viol, négation des libertés et droits humains, des femmes en particulier, etc. Malgré ce résultat on ne peut plus horrible de l'approche factuelle de l'islamisme en Afrique noir, certains persistent encore en 2013. Comment expliquer ce comportement irrationnel?

Cette question sort de notre sujet: la réflexion sur un cadre d'analyse globale de l'islamisme et de ces méfaits en Afrique noire. Depuis 2009 au moins, nous essayons de montrer que ce phénomène procède des idées que les arabo-musulmans se font des Noirs. Il s'agit d'une représentation négative. Le noyau dur de cette représentation prend sa source dans un melange hétéroclite de religion, de coutmes et de doxa arabes. Ce substrat, je l'appelle appareil symbolique arabo-musulman ou, plus simplement, idéologie arabo-musulmane. Jai dejà abordée cette question, dans ce blog même, dans deux articles: "Silence sur la vague islamiste : la complicité africaine" et, plus récemment, "Vous avez dit 'Invasion du Mali par la France'?".

L'idéologie arabo-musulmane est fondée sur l'inégalité d'essence des humains. L'arabo-musulman occupe le sommet de l'échelle, et le Noir, le bas. Le reste de l'humanité se situe entre ces deux extrêmes. Ainsi, pour Ibn Khaldoun (1332-1406), les Noirs sont, " par constitution et par caractère, semblables à des bêtes féroces ; et, plus leurs habitudes se rapprochent de celles des animaux, plus ils perdent les qualités distinctives de l’humanité" (Prolégomènes I: 210). Pour l'arabo-musulman du 21e siècle aussi, Noir et esclave signifient une seule et même chose: "l'opposition Blanc/Noir équivaut en tous points à l'opposition maître/esclave. Il n'est nul besoin de dire 'abd (esclave): il suffit de dire "Noir". (Malek Chebel, L'Esclavage en terre d'Islam, 2005: 47).

Selon l'époque historique,l'idéologie arabo-musulmane se réalise de manières différentes. Du 7e au 19e siècle, la principale forme de mise en oeuvre de cette idéologie a été l'esclavage et la castration massive des esclaves Noirs. C'est pourquoi il y a plus de descendants d'esclaves noirs en Amérique que chez les arabes, qui ont poutant importés beaucoup plus d'esclaves en 14 siècles, que les Occidentaux en 5 siècles.

L'arabo-musulman croit que le Noir est sa propriété privée. Or, de nos nos jours, même si la pratique de l'esclavage continue, elle ne peut plus satisfaire la demande arabe, qui est énorme. Il faut trouver d'autres moyens d'asservissement du Noir. Le Soudan est un cas d'école à ce propos: les Noirs y ont un statut d'esclave dans le cadre d'un plan d'arabisation. Ceux qui refusent sont massacrés. De là le génocide.

C'est l'idéologie arabo-musulmane qui explique l'unanimité arabe contre l'intervention française au Mali pour en chasser les islamistes, et cela, à la demande de l'Etat malien, soutenu par les populations, avec l'accord de l'ONU. Donc légalité et légitimité. Magré tout, les arabo-musulmans se dressent contre le droit, parce qu'il s'agit de Noirs, leurs propriété privée.

Mais pour la première fois dans l'histoire, les pays africains s'unissent pour dire NON à la barbarie arabo-musulmane. Ainsi, lors du dernier Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UA (24/01/2013), le porte-étendard des arabo-musulmans, l'Egypte, a été contraint de reconnaître que "Peu de gens soutiennent notre position". Un langage diplomatique pour dire que le monde arabe est désespérement seul.

L'invasion islamiste de l'Afrique noire procède de l'adaptation au contexte du monde actuel de la représentation des arabo-musulmans sur les Noirs . Cette représentation et sa mise en oeuvre constituent actuellement le plus grand danger qui menace l'Afrique. Une victoire de la coalition internationale sur les islamistes au Mali est indispensable. Mais ce serait une erreur de croire qu'une victoire par des armes matérielles peut changer le rapport de forces idéologique entre l'Afrique noire et le pays arabo-musulmans. L'Afrique doit engager sans delai une lutte résolue contre l'appareil symbolique arabo-musulman. Demain, il sera trop tard.

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